Ma fille, 34 ans, est enceinte de 13 semaines et jusqu'ici tout allait bien.
Sa première écho était parfaite avec une clarté nucale mesurée à 1,6 mm, ce qui est tout à fait normal et rassurant.
Malheureusement, après avoir fait une DPNI, celui-ci est revenu positif à la T21.
Nous sommes donc tous dépités car son compagnon et elle avaient déjà tout préparé pour l'arrivée de bébé.
Comme si le destin s'était invité en avance, 5 jours avant l'annonce par son gynéco, elle a eu un rêve qu'elle m'a raconté !! dans ce rêve, elle voyait son bébé comme un mutant.
Une vision troublante qui nous fait aujourd'hui nous demander si, d'une certaine façon, le corps ou l'inconscient n'avaient pas déjà perçu cette anomalie bien avant les résultats
Lundi prochain, elle sera à 14 semaines, elle va passer une amniocentèse.
Sachant qu'il y a une probabilité à 99%, nous n'avons pas beaucoup d'espoir sur le 1% qui reste. C'est souvent ainsi, c'est à "pas de bol"
Le couple a donc pris la décision de recourir à une IMG, et nous les soutenons pleinement dans ce choix douloureux mais mûrement réfléchi.
La difficulté est aujourd'hui bien plus psychologique que physique, même si elle appréhende sincèrement les différentes étapes qui l'attendent.
Son état d'esprit est clair !!elle ne veut déjà plus porter ce bébé, pour reprendre ses mots, une réaction si humaine et compréhensible face à l'ampleur du choc
Ce qui la hante désormais, c'est moins la procédure en elle-même que l'idée d'attendre, de subir des délais, des allers-retours à l'hôpital, des examens complémentaires, alors qu'intérieurement, elle a déjà fait son deuil de cette grossesse.
Elle voudrait que tout s'arrête vite, pour pouvoir commencer à panser ses blessures.
Je me demande donc, concrètement, si en Belgique, à 14 semaines, il est encore temps de pratiquer un curetage plutôt qu'une procédure plus longue ou plus invasive.
Ce choix, si possible, lui donnerait peut-être un peu de répit psychologique, une forme de douceur dans cette épreuve brutale, en lui évitant d'étirer l'attente et les souvenirs douloureux.
Avez-vous des informations ou des retours sur les délais et les options possibles en Belgique à ce stade de la grossesse ?
Je suis sincèrement désolée que ta fille et votre famille doivent vivre des instants si difficiles.
Je suis moi-même passée par ces étapes en mars 2024, également en Belgique. Une T1 sans anomalie et un DPNI (NIPT) revenu positif pour la T21.
La veille de ma T1 et de la prise de sang, je m'étais interrogée sur ce fameux DPNI. J'avais fini par consulter le fascicule relatif à l'IMG de la clinique, comme si je pressentais qu'un malheur allait arriver. Est-ce que notre inconscient ressent ce genre de choses ? C'est possible.
Il est tout à fait normal d'avoir dans un premier temps un sentiment de rejet par rapport à la grossesse et de souhaiter en finir le plus rapidement possible. Je conseillerais toutefois à ta fille de recevoir un soutien psychologique (souvent proposé par l'hôpital) et de prendre un peu de temps pour réfléchir à ce qu'elle souhaite vraiment pour son bébé. Personnellement, j'ai d'abord eu une phase où je ne parvenais plus à toucher mon ventre. Je n'arrivais pas à concevoir que j'allais accoucher de mon bébé. L'attente des résultats de l'amniocentèse me semblait insupportable. Devoir rester dix jours enceinte en sachant que ma fille allait mourir, ça me semblait inhumain. Et puis, j'ai fini par chérir ces moments qui m'ont permis de me préparer. Nous avons pris la décision de la rencontrer, de préparer des doudous, de lui écrire une lettre, de lui parler pour lui expliquer notre choix, de prendre des photos d'elle... Je l'ai aussi sentie bouger dans mon ventre pour la première fois, à quelques jours de l'IMG.
Nous avons eu le sentiment de l'accompagner. La rencontre était triste, mais belle. Nous n'avons aucun regret.
Si ta fille passe par une amniocentèse à 14SA, le temps d'avoir les résultats, il sera potentiellement trop tard pour passer par une aspiration et un curetage sous anesthésie générale, vu que la limite en Belgique est fixée à 14SA. Après, ta fille doit se renseigner auprès du corps médical pour voir quelles sont ses options.
J'ai vécu une IMG par accouchement pour ma fille (17SA) et une aspiration/curetage en avril car le cœur de mon bébé avait cessé de battre (11SA). Si ça peut la rassurer, je n'ai pas été traumatisée de mon accouchement. Il m'a permis de me sentir maman malgré tout et de rencontrer ce bébé déjà tellement aimé et attendu.
Je vous envoie beaucoup de courage et de soutien.
Manon, Équipe de modération de Petite Emilie
Pépinette, IMG à 17SA pour T21 - 28/03/2024
Louis, notre Petit Espoir - 05/03/2025
Petite P., FC silencieuse à 11SA pour Syndrome de Turner - 10/04/2026
Je suis désolée de lire ce que ta fille et son entourage (toi y compris) traversez.
Je suis comme Pépin et beaucoup d’autres femmes qui traversent ces épreuves: c’est un choc traumatique et donc on traverse souvent les étapes, déni, colère puis tristesse. Ta fille aimait déjà son bébé ou en tout cas le projet qu’elle y associait et ce sera peut-être encore plus brutal si ça finit très rapidement. Le mieux est d’en parler à un professionnel (psychiatre ou psychologue) pour l’aider à cheminer. Après, si vraiment cela devient insupportable et qu’en Belgique l’IVG est autorisé jusqu’à 14SA et qu’elle est à 13 alors peut-être qu’elle peut en passer par là mais rien que le sens des mots à son importance à mes yeux: le fait d’arrêter une grossesse voulue est un non choix et dans IVG, il y a volontaire….
Il y a 5 ans, j’aurais aussi voulu écourter le plus possible le temps entre le diagnostic et l’IMG. Aujourd’hui, je remercie encore les médecins de m’avoir accompagnée dans ce « choix ». A l’époque, j’avais eu des anxiolytiques pendant ces 3 semaines qui m’ont permis de dormir et de survivre. Je n’en avais jamais pris avant et je n’en ai pas repris après. Mais quand on a une otite on se soigne alors pourquoi ne pas se soigner quand notre esprit en a besoin.
Je t’envoie beaucoup de douceur ainsi qu’à ta fille et à tout votre entourage.
Marie
5 grossesses, 4 accouchements, 3 enfants sur terre, 2 étoiles, un arc-en-ciel
l' histoire ressemble malheureusement à celle de ma fille (je poste ci dessous mon message sur le forum).
lorsque ta fille aura les résultats de son amniocentèse elle sera autour de 16 semaines et 17 semaines environ avec le délia de l'IMG. Je pense qu'à ce terme il s'agira plutôt d'un accouchement provoqué.
pour ma fille ça a été très difficile car elle était presque à 21 SA et qu'en Allemagne pas de péridurale, ce qui n'est pas le cas en Belgique.
Depuis l'IMG qui a eu lieu il y a 2 semaines elle a eu 2 séance de psychothérapie avec une spécialiste du deuil périnatal (en visio, la personne étant en France), ça lui a fait énormément de bien. Je peux te donner ses coordonnées en MP.
Bon courage
Sylvie
voici le message posté sur le forum :
Bonsoir,
je me suis inscrite sur ce forum même si ce n'est pas moi mais ma fille qui vient d'être concernée.
Après un mariage de rêve en septembre et un voyage de noce, elle et son mari décident de mettre en route un bébé fin janvier, succès immédiat avec un début de grossesse qui se passe très bien.
Elle habite en Allemagne , donc le DPNI est systématiquement proposé (elle a 32 ans), et là coup de tonnerre , elle est contactée par son médecin qui lui annonce les mauvais résultats et lui propose une choriocentèse, c'est à ce moment là qu'elle m'annonce qu'elle est enceinte et qu'elle souhaite me demander conseil (je suis médecin).
l'intervention se passe correctement et le résultat direct est normal. Nous sommes tous rassurés mais le médecin lui explique qu'il faut attendre le résultat des cultures. 3 semaines plus tard les résultats révèlent des cellules normales mais aussi des cellules T21 (plus de 50%) et d'autres avec des anomalies indéterminées. Elle va donc avoir une amniocentèse, avec à nouveau 3 semaines d'attente. Début juin le résultats définitifs confirment malheureusement les résultats de la culture du trophoblaste. L''échographie demeure strictement normale.
Elle et son mari ont pris la très difficile décision d'interrompre cette grossesse presque au terme de 21 SA. L'IMG a eu lieu hier, le bébé pesait 380 G et mesurait 26cm. Ma fille ne voulait pas le voir initialement puis finalement l'a pris dans ses bras pendant les 2 heures que ce minuscule petit bonhomme a vécu. L'accouchement s'est plutôt bien passé, elle n'a pas eu besoin de curetage, le personnel a été très attentif mais elle n'a pas bénéficié d'une péridurale (on ne lui a jamais proposé)
Je voulais témoigner du drame que représente cet évènement dans une famille pour elle et son mari bien évidemment qui sont passés par toute une série de sentiments : détresse, tristesse, culpabilité, doute, espoir, désespoir.. mais aussi pour moi, pour ses frères, sa grand-mère, son père.
lorsque son mari m'a annoncé hier que le bébé était né, j'ai été envahi par un sentiment de détresse totale : ce qui n'était que dans l'imaginaire ce concrétisait...
Cruauté du sort, dans le mesure ou ce bébé a vécu 2 heures, il va devoir être déclaré à l'état civil avec l'organisation d'obsèques car c'est la législation dans cette partie de l'Allemagne (alors que je le rappelle le terme n'était pas tout à fait de 21 SA).
J'essaie de trouver les mots pour soutenir ma fille mais c'est difficile. Vos témoignage avec peut être ce qui vous a fait du bien, et vous apporté du soutien et du réconfort, ce que vous attendez de vos proches m'aiderait.
Je sais qu'ils voudront d'autres enfants mais avec probablement une grossesse qui se déroulera au moins au début dans un climat d'angoisse.
Je vous remercie sincèrement pour vos messages, vos témoignages et pour la bienveillance que vous nous témoignez dans cette épreuve.
Vos partages sont très touchants et m’aident à mieux comprendre ce que notre fille traverse, même si la situation reste extrêmement difficile à vivre pour nous tous.
Ma fille est catégorique, elle n’en veut pas, et je trouve cela compréhensible même si ça fait mal au cœur
Personnellement, je n’aurais pas pu envisager une telle situation en 1992 non plus.
À cette époque, ces tests n’existaient pas encore. Le sujet était surtout tabou, et souvent mal compris, alors qu’il s’agit, dans les faits, d’un accident biologique et non d’un statut génétique ou héréditaire.
Quant à nous, nous essayons d’entourer au mieux notre fille et de la soutenir pas à pas.
Elle trouille déjà pour l’amniocintèse alors qu’au final, c’est le moins douloureux lol
Être une femme n’est pas toujours glorieux
Ce n’est donc pas simple, car elle garde malgré tout un léger espoir lié au faible taux de faux positifs.
Merci encore pour votre soutien et pour le temps que vous avez pris pour nous écrire.
Voilà, aujourd'hui notre petite-fille s'est éteinte
Ma filleet mon beau-fils se sont présenté à l'hôpital comme prévu.
Elle avait avalé le médicament mardi matin, qui devait faire quelque chose au niveau du col.
Elle a été prise en charge par l'équipe médicale, installée en salle d'accouchement, et a bénéficié d'une péridurale pour l'accompagner au mieux dans cette épreuve.
Les sages-femmes lui ont mis des cachets dans le vagin plusieurs fois pour déclencher les contractions et le processus d'interruption.
Après plusieurs heures de travail, elle a accouché de son bébé...une petite fille de 250gr
Elle et son compagnon avaient fait le choix de ne pas la voir.
Ils ne voulaient pas garder cette image, préférant se souvenir des mouvements qu'ils avaient sentis et du battement de cœur qu'ils avaient entendu.
Ma fille a finalement changé d'avis au dernier moment.
Avant de quitter l'hôpital, elle a demandé à voir son bébé.
Les sages-femmes la lui ont présenté dans un nid d'ange, avec une infinie délicatesse, pour qu'elle puisse faire sa paix avec cette petite vie qui était partie.
Elle a alors pu constater de ses propres yeux ce que les tests annonçaient....les yeux légèrement écartés, les oreilles un peu plus basses, et une petite malformation visible au niveau des orteils.
C'était bien une trisomie 21
Les sages-femmes lui ont expliqué, avec douceur, que beaucoup de ces bébés naissent avec des malformations cardiaques ou d'autres anomalies associées, et que la vie qui les attend est souvent jalonnée d'opérations, de soins lourds, d'hospitalisations répétées, de kiné ou de logopédie.
Étrangement, voir son bébé l'a apaisée. Comme si cette réalité physique, ce visage qu'elle avait tant redouté de fixer, lui a apporté une forme de confirmation et de soulagement.
Elle a compris que leur choix, bien que déchirant, était le bon.
Elle a pu dire au revoir à sa petite fille, la tenir dans son cœur, et lui offrir ce dernier regard.
Mais ce soir, une nouvelle souffrance l'habite. Elle se sent coupable.
Elle pense lui avoir ôté la vie.
Elle répète en boucle cette phrase terrible "C'est moi qui l'ai tuée"
Elle sait pourtant, au fond d'elle, qu'elle l'a fait par amour.
Par amour pour ce bébé qui aurait connu une vie difficile, semée d'embûches médicales, avec une espérance de vie qui ne dépasse pas 45 ans dans les meilleurs cas.
Elle a choisi de lui épargner des années de combat, de douleurs, d'opérations, d'incompréhensions.
Son corps est vidé, son utérus se contracte encore, ses seins commencent à monter de lait pour un bébé qui n'est plus là.
Mais c'est son cœur qui saigne le plus.
Elle pleure, elle doute, elle se remet en question.
Je la regarde, impuissante, et je lui répète encore et encore "Tu l'as fait par amour pour elle"
Elle ne me croit pas vraiment mais un jour, peut-être, elle arrivera à se pardonner.
En attendant, elle porte ce deuil double.... celui de sa fille, et celui de la maman qu'elle aurait voulu être.
Quant à son compagnon, il est livide.
Il encaisse cette perte à sa manière, plus en retrait, mais tout aussi déchiré.
Il a refusé de voir sa petite fille, comme il l'avait annoncé.
Ce visage, il ne se sentait pas capable de le fixer, de l'ancrer dans sa mémoire. Il a préféré garder les images des mouvements qu'il sentait quand il posait sa main sur le ventre de ma fille, ces petits coups de pieds qui étaient leur seul lien avec elle.
Il a simplement souhaité obtenir ses empreintes, comme un ultime témoignage de son passage sur terre, une trace tangible qu'elle a existé.
Il reste d'un calme presque inquiétant. Il ne fait pas de bruit, ne crie pas, ne s'effondre pas. Il se tient là, silencieux, les yeux rouges, les larmes coulant le long de ses joues sans un sanglot.
Il pleure en silence, comme pour ne pas ajouter à la détresse de ma fille.
Il la protège même dans sa propre souffrance...Pauvre homme !!
Je le regarde, et je vois un père brisé, c'est tellement triste !!
Et moi aussi, je suis brisée.
Je pleure cette perte. Ce n'était pas mon corps qui vivait l'accouchement, mais mon coeur y était.
Je n'étais pas à l'hôpital physiquement, mais j'y étais par message.Je répondais à ses questions, je la rassurais sur le déroulement, je lui disais que tout allait bien se passer, même si moi-même je n'en savais rien. Aujourd'hui, elle sait !!
Elle a traversé cette épreuve.
Je pleure !! Je pleure parce que c'était une petite vie qui a existé, qui a bougé, qui a eu un cœur qui battait, des doigts, des orteils, un visage.
Une vie qui s'est éteinte avant d'avoir commencé mais ce qui me déchire le plus, c'est que je pleure toutes les morts.
Celles des animaux que je vois souffrir ( dans les infos, notamment avec ces incendies en France ou même celles pour la consommation)
La mort, quelle qu'elle soit m'effondre, parce qu'elle est injuste, absurde, définitive
Voilà, je voulais également vous remercier toutes pour vos messages, vos pensées, vos mots de réconfort qui m'ont accompagnée pendant ces jours si sombres.
Je ne savais pas à qui parler, comment poser des mots sur ce cauchemar, mais vous m'avez tendu la main à travers vos réponses. Vous ne m'avez pas jugée, pas plus que ma fille.
Vous m'avez simplement écoutée, et parfois, c'est tout ce dont on a besoin....une oreille attentive pour ne pas porter ce fardeau seule.
Je ne sais pas comment les jours à venir vont s'écouler.
Ma fille est revenue chez elle, avec le vide dans son corps et dans son cœur.
Son compagnon est toujours aussi silencieux, mais ils sont ensemble, et c'est déjà ça.
Merci encore.
Merci de m'avoir permis de déposer ce poids quelque part.
Merci d'avoir été là, même virtuellement.
Parfois, des inconnus deviennent des anges gardiens.
Vous avez été mes anges ces derniers jours....Merci
Je suis tout de même heureuse que ta fille ait rencontré son bébé. Je pense que ça peut vraiment aider pour le deuil. L'essentiel est qu'elle ait fait en fonction de ses forces et besoins du moment.
La tristesse, la colère, l'injustice, la culpabilité... Tous ces sentiments sont normaux. Il faut leur laisser une place. Le temps aidera à apaiser le deuil et la douleur.
Je vous envoie tout mon soutien.
Manon, Équipe de modération de Petite Emilie
Pépinette, IMG à 17SA pour T21 - 28/03/2024
Louis, notre Petit Espoir - 05/03/2025
Petite P., FC silencieuse à 11SA pour Syndrome de Turner - 10/04/2026
Je suis vraiment désolée pour ce que ta fille et vous traversez en ce moment… Pour le curetage à 14 semaines, honnêtement, le mieux serait de demander directement à l’équipe qui va la suivre, parce que ça dépend beaucoup du terme exact et de l’hôpital. En Belgique, une interruption médicale reste possible après 14 semaines d’aménorrhée, mais sous certaines conditions. Je vous souhaite énormément de courage pour les jours à venir. J’espère surtout que l’équipe saura respecter son besoin de vivre ça le plus vite et le plus en douceur possible.