Ces déambulateurs dans le couloir de la maternité, j'arrive pas à les oublier

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Nancia
Messages : 1
Enregistré le : 22 juin 2026, 04:12

Ces déambulateurs dans le couloir de la maternité, j'arrive pas à les oublier

Message par Nancia »

Bonjour. Je sais pas trop comment formuler ça. Ca fait un peu plus de 3 mois que j'ai vécu mon IMG, à 22 semaines. Et y'a une image qui revient souvent, une image à laquelle je m'attendais pas du tout à accrocher autant. Dans le couloir du service, pendant que j'attendais, y'avait ces déambulateurs rangés contre le mur. Je suppose qu'ils appartenaient aux mamans qui se remettaient d'une césarienne, ou je sais pas exactement. Des trucs en métal, très banals. Mais moi je les ai fixés pendant ce qui m'a semblé durer une heure, peut-être même moins, je ne sais pas vraiment. Le temps était tellement strange ce jour-là. Ce que je comprends pas, c'est pourquoi ce détail-là reste. Pas d'autres choses qui seraient "logiques" à garder en mémoire... non, c'est ces déambulateurs froids, anonymes, alignés dans ce couloir beige. Parfois la nuit je les revois et je me réveille avec ce poids dans la gorge.

Mon psy m'a dit que le cerveau s'accroche parfois à des détails périphériques pour éviter le choc central. J'entends bien cette explication. Elle me satisfait à moitié. Parce que ça reste quand même là, présent, 3mois après. J'ai envie de savoir si d'autres ici ont vécu ce truc, une image ou un objet complètement anodin qui est devenu une sorte de... déclencheur sans crier gare. Un truc du décor, pas du tout lié directement à ce qu'on vivait, et qui pourtant s'est installé. Comment vous avez fait avec ça ? Est-ce que ça finit par se dissoudre avec le temps ou ça devient juste autre chose, une espèce de souvenir qu'on apprivoise ?
HeleneB
Messages : 9
Enregistré le : 02 avril 2026, 18:16

Re: Ces déambulateurs dans le couloir de la maternité, j'arrive pas à les oublier

Message par HeleneB »

Bonjour Nancia,

Je me permets de répondre car ton message m'a d'abord intriguée, puis finalement en te lisant je m'aperçois que je ressens quelque chose de similaire. Et que nous avons vécu notre interruption de grossesse a peu près en même temps il semblerait: pour ma part, pour mon petit Clément, c'était le 7 Mars dernier. J'espère que tu tiens bon.

J'ai vécu 2 IMG, et mon attention s'est focalisée non pas sur un objet mais sur un lieu, associé à un instant.
Pour la première IMG, il y a 5 ans, c'était la salle d'attente du hall d'entrée de l'hôpital, immense et vide à 7h du matin (heure de ma convocation). Il y avait au milieu une grande oeuvre d'art (sculpture) avec une pieuvre et des fantômes attachés à ses tentacules. C'était calme, irréel par rapport à ce qui allait se passer ensuite. Ces fantômes m'ont glacée. Après l'hospitalisation, cette image revenait très souvent quand je n'allais pas bien. Puis elle s'est atténuée au cours du temps, il a bien fallu 2 à 3 ans je dirai.

Pour ma 2ème IMG, il y a 3 mois, mon esprit s'est figé sur le couloir des salles de naissance, au niveau de la porte des toilettes. Je suis passée par cet endroit juste avant d'être installée en salle de naissance. Pareil: le sentiment de vide, pas de bruit, personne dans ce couloir, et je revois sans cesse cette image qui n'a presque aucun sens au premier abord (pourquoi je vois en particulier la porte des toilettes??). Et pourtant, si je reflechis bien, c'est justement après cet instant là que tout a basculé, puisqu'on m'a installé en salle de naissance juste après. J'ai une sensation de "calme avant la tempête", insupportable tempête. Cette image m'accompagne encore tous les jours, ça ne fait que 3 mois.

J'ai l'impression pour ma part que mon cerveau s'est mis en "auto-protection" à partir de ce moment là, et qu'en voyant en boucle cette image je me remémore moins les autres, bien plus traumatisantes. La psychologue qui me suit me dit que les images qui reviennent en boucle signent souvent un stress post-traumatique: le cerveau a du mal à les gérer, à les "ranger" comme il faut, alors elles reviennent sans arrêt.

Voilà, je ne sais pas si ça répond à ta question mais je pense que nous ne sommes pas seules à ressentir ce genre de choses, et ça ressemble à un mécanisme de défense psychologique.

Bonne soirée à toi, des pensées, et plein de courage.

Hélène
Hélène

Maman comblée de Lucien
Maman triste de mes deux étoiles Lilly et Clément
Maman également de 5 petites étoiles ayant filé bien trop vite
clochilou
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Enregistré le : 07 août 2025, 08:22

Re: Ces déambulateurs dans le couloir de la maternité, j'arrive pas à les oublier

Message par clochilou »

Bonjour,

On m’a diagnostiqué un syndrome de stress post traumatique à la suite d’une MFIu au mois de septembre 2025.(accouchement, révision utérine compliquée et enterrement)
Comme toi des images précises me revenaient. Des bruits et odeurs également et qui me faisaient sentir mal. Aujourd'hui cela c’est nettement dissipé grâce à mon suivi psy et un traitement. Cependant j’ai encore des distorsions cognitives et des moments de dissociation (cela n’a pas pu m'arriver) qui sont des mécanismes de défense de mon cerveau pour survivre au choc. As-tu d’autres symptômes ?
Je te souhaite bon courage.
Camille
Valentineso
Messages : 14
Enregistré le : 13 février 2026, 13:13

Re: Ces déambulateurs dans le couloir de la maternité, j'arrive pas à les oublier

Message par Valentineso »

Bonjour,
Effectivement je rejoins toutes les autres réponses.
On a aussi abordé les éléments traumatiques avec mon hypnothérapeute. Je me suis tournée vers l'EMDR très rapidement après avoir perdu mon bébé, parce que je voyais la mort partout. Par exemple, dans la rue lorsque je voyais un chat allongé je me disais qu'il était mort, parfois même des ombres me donnaient l'impression de quelqu'un ou un animal décédé. Je lisais aussi parfois le mot "mort" sur des panneaux un peu lointains, parfois le prénom de mon bébé aussi...
J'avais également des images ou des souvenirs qui me revenaient via des flash, à n'importe quel moment de la journée alors même que parfois j'étais occupée à autre chose. Des images, des mots... Parfois des choses qui me paraissaient totalement futiles comme les affiches accrochées au mur de la chambre où je me trouvais aux urgences, lors de l'annonce, ou le numéro de la chambre.

Bref, ces choses-là sont très vite parties après 2 ou 3 séances d'EMDR. Effectivement, lors d'un trauma, le cerveau n'arrive pas à digérer toutes les informations et à bien les "ranger/ classer". Le fait de revivre ces souvenirs (d'une quelconque manière, toi ce sont ces déambulateurs qui te restent en tête) va permettre, petit à petit, de lui faire comprendre ce qu'il a vécu et de ranger ces souvenirs de manière à ce qu'ils ne soient pas intrusifs au quotidien. Parfois être aidé peut être nécessaire pour bien les ranger. Si tu en ressens le besoin et si tu le peux (malheureusement les séances d'hypnose / d'EMDR ne sont vraiment pas données) je te conseille vivement ces pratiques. En tout cas pour moi l'EMDR a été vraiment aidant, je continue d'ailleurs à y aller parfois juste pour de l'hypnose afin d'apaiser quelques angoisses.
Je tiens à dire également que le traumatisme peut prendre différentes formes et que, de manière générale, il a un impact sur le fonctionnement de notre cerveau. Pour contextualiser un peu, c'est comme pendant la canicule, notre cerveau va se focaliser sur notre survie, notre confort. Ainsi, certaines habiletés sociales sont diminuées, on se sent plus fatigué, plus impatient... Le fonctionnement du trauma va avoir le même impact. Le cerveau est trop occupé à essayer d'intégrer ce qu'il vient de vivre, il va donc utiliser toute son énergie pour le faire. Je ne sais pas si c'est ton cas, mais je le précise car cela m'a fait beaucoup de bien de me déculpabiliser par rapport à ce que je vivais. Les premiers mois, en plus de l'abyssale peine que je subissais, je me sentais fatiguée, bonne à rien... J'avais l'impression de ne plus pouvoir réfléchir à autre chose qu'à mon bébé et mon deuil. Je n'avais aucune anticipation, aucune organisation. Lorsque j'étais encore en congé mat, ce n'était pas si problématique, mais lorsqu'il a fallu reprendre le travail je m'en sentais incapable... Comprendre ça m'a permis de me déculpabiliser et, avec le temps et l'accompagnement, de faire diminuer ces symptômes.

Je t'envoie beaucoup de courage et toutes mes pensées

Valentine
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