Décompensation du papa à retardement
Posté : 31 mai 2026, 15:00
Bonjour à toutes et tous,
J'ai besoin d'échanger car depuis quelques mois, mon "compagnon" a comme "disjoncté" et je suis anéantie. Désolée d'avance de la longueur de ce message.
J'ai malheureusement découvert ce forum l'été dernier lorsque j'ai vécu une RPM à 17+4 (suite saignements placenta bas) et le décès de mon bébé à 20+1 à cause d'une chorioamniotite. Cela fait un peu plus de 9 mois que notre petit garçon est décédé, notre premier enfant, attendu pendant plus de 14 mois (et une fausse couche précoce).
Lors des saignements, mon compagnon a paniqué et a été peu présent pendant environ 1 mois. Il s'en veut aujourd'hui énormément. Il a ensuite été le père et amoureux parfait dès lors que la rupture de la poche a eu lieu, l'accouchement et les semaines qui ont suivi. Il a été à l'initiative de beaucoup de choses concernant notre bébé : achat du doudou, gestion de l'enterrement, enterrement...Il a énormément pleuré à la maternité et s'est refermé ensuite, parlant d'une douleur viscérale dans ses entrailles...
Très vite, il se réfugie dans le travail, puis quelques travaux à la maison. Courant octobre/novembre, il a quelques soirées et une légère augmentation de sa conso d'alcool.. Il m'accompagne au cimetière et à la psy de la maternité mais est très fermé, ne veut pas en parler, veut "enfouir", est parfois dur avec moi car il me reproche de lui faire penser au deuil mais s'excuse toujours en me disant qu'il sait que c'est lui qui ne supporte pas cette souffrance qu'il a en lui. La psy de la maternité lui dit de ne plus venir car elle le sent trop tendu lors des séances et voit bien qu'il vient à reculons. Il dit "je ne suis plus père car lorsque notre fils est mort, on m'a arraché ce droit".
Pendant ce temps, je remonte assez vite la pente, je mets en place plein de suivis pour aller mieux, je me lève tous les matins, je ne prends pas de traitements, je gère tout à la maison... Et nous sommes très amoureux et soudés.Lui-même dit que pour lui aussi la période d'août à décembre a été un amour plus fort que jamais entre nous.
Une irritabilité et agressivité apparaissent et seront persistantes jusqu'à aujourd'hui. Il voit bien qu'il m'en veut pour rien, à chaque fois qu'il entend parler de grossesse, de naissance autour de nous, il s'énerve. Il est à cran à cause du boulot dans lequel il se réfugie autant qu'il se noie...
Décembre, arrive le terme de notre bébé au moment des fêtes... Il est anéanti, commence à parler de mélancolie, vide, tristesse, envie de mourir car la douleur est trop forte, qu'il ne supporte plus voir la personne qu'il aime le plus au monde souffrir. Il se met minable en soirées, et est peu disponible, je lui dis "on dirait qu'on existe plus notre fils et moi dans ta vie factice." (ce qu'il confirme récemment). Et lui me dit "j'ai lu que des pères pour fuir leur deuil vont soit fuir la mère, soit faire un bébé, et je survivrai pas si ça se reproduit", "vite que le deuxième soit là pour ne plus penser à ma tristesse", "si on se sépare ça donnerait un sens logique à la mort absurde de notre fils", "il me manque, c'est le pire Noël de ma vie", "c'est de ma faute si il est mort si j'avais été plus présent pendant les saignements".. Manque de bol, je fais une fausse-couche 3 semaines plus tard. Entre-temps, je lui mets un ultimatum : il faut que tu diminues un peu sur les soirées car c'est en train de nous éloigner et j'ai besoin d'un minimum de présence, il me dit "c'est mon oxygène, c'est grâce aux soirées et au travail que je tiens, sinon je sombre en dépression sévère" et me supplie que je suis la femme de sa vie, qu'il veut qu'on avance ensemble.
Janvier, il commence alors à chercher des prétextes bidons pour douter de notre couple et en parle à tout notre entourage. Il me dit qu'il faut qu'on fasse un break mais qu'il a peur "que ça l'anesthésie encore plus", "j'ai coupé mes émotions depuis le décès", "si je touche mes émotions plus de deux minutes je vais me noyer".. Il dit qu'il ne ressent plus aucune émotion, qu'il se sent comme anesthésié émotionnellement, qu'il se sent mort et du coup il ne ressent plus d'étincelle en ma présence. J'essaie de le rassurer, au vu de son état c'est normal. Il dit alors qu'il ne veut plus de 2ème bébé qu'il n'est pas prêt, que la fausse-couche c'est celle de trop. Je commence à penser qu'il fait une dépression et un état de choc traumatique... Il ne dort plus, perd un peu l'appétit. Il est en boucle obsessionnelle sur notre couple pendant trois mois.
Février, mars, il est à la fois très amoureux et d'un seul coup se renferme, devient froid et me parle de séparation. Je le traîne à la psy de la maternité qui parle de dépression et de deuil inhibé.. Il dit que je lui rappelle le deuil. Il est extrêmement ambivalent. Et je me rends compte qu'il ne parle que de notre couple en boucle à sa psy et à son entourage sans jamais parler de notre bébé à sa psy pendant 8 mois. Il me dit qu'il n'a ressenti aucune émotion en 3 mois.
Fin mars, il prend un appartement. Nos au revoir sont déchirants, il dit qu'il n'a pas envie de partir mais qu'il le doit, qu'il a l'impression que son instinct le pousse à partir mais qu'il n'en a pas du tout envie. Je suis contre ce break, car selon moi notre couple n'a rien à résoudre, à ce moment-là c'est lui qui va mal et l'éloignement ne fera rien que renforcer sa fuite. Il dit qu'il ne voit pas de solution assez rapide et radicale pour arrêter sa souffrance autre que s'éloigner. Bien évidemment, une fois dans son appart, il fuit aussi son appart et sort, boit, toujours autant à cran..
En résumé : janvier, février, mars, la fuite s'accentue : alcool, soirées, travail, éloignement physique de moi. Mais à la maison j'ai un homme triste, mélancolique, qui dit qu'il se sent vide, qui parle de mourir. A l'extérieur, tout le monde me dit "il va bien on comprend pas ce que tu nous racontes, à part votre couple il parle pas du tout de son deuil ou de son fils". Je lui fais alors lire des articles sur la dépression, sur le deuil. Il reconnait les symptômes mais décrète "non mais c'est pas le deuil c'est le couple".
Il reproche à notre entourage de toujours prendre de mes nouvelles, de prendre soin de moi et jamais des siennes, or il oublie que bon nombre de personnes lui ont demandé comment il allait vraiment et qu'il refusait d'y répondre...
Forcément, il est dans l'évitement depuis des mois, refuse qu'on en parle. Par exemple, il ne supporte pas d'apercevoir le coussin d'allaitement dans la chambre d'amis donc ferme la porte tous les jours. Il accepte d'en parler que si c'est lui qui initie le sujet et en général on échange que deux phrases. Il dit que son mal-être n'a rien à voir avec le deuil mais tout tourne autour de sa peur d'un deuxième enfant, des autres qui avancent et qui nous "doublent", qu'il aurait dû être papa. Il se questionne "est ce que je ne suis pas fait pour une vie de célibataire au bar dans un appart". Rejetant notre maison qu'il adore tant..
Pendant ce temps, je l'incite à prendre rdv à l'EMDR mais la séance se passe mal, il se braque car elle a visé juste. Il participe aussi à une visio entre papas et se sent "fort" car "notre histoire est moins pire", "certains pleurent encore", alors que lui est juste dans le déni total...
Il accepte de prendre RDV avec la psychiatre de la maternité mais il minimise et rationnalise tous ses symptômes et déplace sans arrêt sur le couple. Chaque émotion est vue par le prisme du couple. La psychiatre dit qu'elle ne peut rien faire car il donne le change et est en lutte contre les soins, qu'elle ne peut même pas poser de diagnostic bien que ce que je lui relate soit très cohérent. Devant elle il dit "mon deuil est fait" et 5 min plus tard il me dit "mais j'ai lu l'album de notre fils c'est juste horrible et injuste ce qui nous est arrivé, ça devrait pas se passer comme ça, ça devait finir en joie pas comme ça". Comme si il découvrait le truc.. Il dit qu'il n'a jamais ressenti de tristesse ni de colère.
Il continue son break dans son appartement, me dit qu'il est soulagé et pas soulagé, n'arrive pas à prendre de décision sur notre couple. Quelques jours avant le 2ème rdv psychiatre il me dit "je veux plus de couple et je veux plus venir au rdv". Quand je lui demande s'il est sûr de lui, il me répond "je contrôle plus rien, je contrôle plus mon corps plus mes sentiments et je ne supporte plus cette situation". Il dit aussi par ailleurs qu'il a peur de revenir car je veux un 2ème enfant, qu'il est incapable d'arrêter ses soirées et l'alcool, et qu'il ne "ressent" plus l'amour.
Récemment, nous retournons au 2ème rdv psychiatre qui souhaitait nous revoir suite à certaines incohérences et minimisations de sa part. Il continue de minimiser ses symptômes devant elle, pour au final m'en faire part après le RDV : je suis pas irritable (me dit à moi qu'il va péter un câble, que sa vie part en vrille, que ça ne va pas au travail), il minimise devant elle ses problèmes de sommeil, d'alcool ou d'idées noires, d'anesthésie émotionnelle (dit que c'est qu'avec moi alors qu'il me disait le contraire).. Devant la psychiatre il dit "je n'ai pas pu contrôler les deux choses les plus importantes de ma vie : la mort de mon fils et la fin de mon couple, je ne supporte plus de ne plus avoir d'élan pour la femme que j'aime". A moi, il me dit "mon corps te rejette et je sais que c'est autre chose que les sentiments, (le trauma/le deuil) mais je suis pas prêt pour donner cette explication".
En effet son corps me rejette par moment, et par d'autres il se comporte affectueusement. Il dit qu'il ne se sent plus apaisé en ma présence et qu'il ne supporte plus être dans la même pièce que moi tout en étant abattu de ces sensations et en étant capable d'être hyper affectueux et tendre.
Nous avons une grosse discussion après ce RDV où il décide alors de me quitter, il tremble, fait sans cesse des allers retours vers moi jusqu'à partir.
Il me dit que son cerveau a fait "on/off" et qu'il a pris le deuil et moi et nous a mis en Off.. en gros il m'associe au décès de notre fils, tout comme il m'explique qu'il a fait pareil lors des saignements de ma grossesse "on/off".
Le lendemain, il appelle tout notre entourage pour dire "c'est fini je ne l'aime plus, c'est définitif je suis très sur de moi". Alors qu'à moi il me fait comprendre qu'il a l'impression de subir ses mécanismes de défense, de subir un départ dont, au fond, il n'a pas envie. Qu'il sait que son corps me rejette à cause du trauma mais n'en fait rien...Sauf qu'à notre entourage ça fait des mois qu'il parle uniquement de notre couple, avec beaucoup de crédibilité, il a réussi à faire oublier à certains le drame que nous venons de vivre, certains m'ont même demandé si il avait vraiment vécu la perte d'un enfant et pas "juste une fausse-couche", or au vu des phrases et de la douleur qu'il décrit, il parle bien de "mon fils mon fils". Il ne supporte pas l'échec et considère qu'il n'a pas eu le contrôle et que ce qui nous est arrivé est un échec.
Je me suis même interrogée sur un état de dissociation car il dit "je fais et dis des choses dont je ne me souviens pas". Et en effet, par moment j'ai l'impression de parler à deux personnes différentes : mon compagnon, amoureux, triste, qui ne se remet pas de la perte de notre bébé, et son double froid qui dit que son deuil est fait et que tout va bien. Il me répète à plusieurs reprises qu'il a enfin regardé l'album de la grossesse et de notre fils, comme si il ne me l'avait pas déjà dit...
Notre entourage a essayé de le raisonner mais il ne veut rien entendre, ne veut pas qu'on lui remette son deuil en face, il dit "les professionnels qui disent d'attendre 1 à 2 ans pour prendre des décisions disent de la merde"... Seuls certains de nos proches ont compris qu'il a passé 4 mois à s'autopersuader de devoir me quitter pour éviter son deuil...
Il y a un mois il me disait encore "ne vends pas la maison quoique je te dise je ne suis pas dans mon état normal je me rends bien compte". Il y a 15jours il ne savait même pas ce qu'il voulait sur notre couple.
Je n'arrive pas à comprendre et à accepter la situation. Je sais que je suis allée au bout de tout ce que je pouvais faire pour l'aider. J'ai beaucoup de mal à accepter que notre histoire puisse se terminer suite à un trauma non digéré de son côté, alors qu'il est dans un état second.
Merci pour votre soutien et vos éventuels conseils ou retours d'expérience.
J'ai besoin d'échanger car depuis quelques mois, mon "compagnon" a comme "disjoncté" et je suis anéantie. Désolée d'avance de la longueur de ce message.
J'ai malheureusement découvert ce forum l'été dernier lorsque j'ai vécu une RPM à 17+4 (suite saignements placenta bas) et le décès de mon bébé à 20+1 à cause d'une chorioamniotite. Cela fait un peu plus de 9 mois que notre petit garçon est décédé, notre premier enfant, attendu pendant plus de 14 mois (et une fausse couche précoce).
Lors des saignements, mon compagnon a paniqué et a été peu présent pendant environ 1 mois. Il s'en veut aujourd'hui énormément. Il a ensuite été le père et amoureux parfait dès lors que la rupture de la poche a eu lieu, l'accouchement et les semaines qui ont suivi. Il a été à l'initiative de beaucoup de choses concernant notre bébé : achat du doudou, gestion de l'enterrement, enterrement...Il a énormément pleuré à la maternité et s'est refermé ensuite, parlant d'une douleur viscérale dans ses entrailles...
Très vite, il se réfugie dans le travail, puis quelques travaux à la maison. Courant octobre/novembre, il a quelques soirées et une légère augmentation de sa conso d'alcool.. Il m'accompagne au cimetière et à la psy de la maternité mais est très fermé, ne veut pas en parler, veut "enfouir", est parfois dur avec moi car il me reproche de lui faire penser au deuil mais s'excuse toujours en me disant qu'il sait que c'est lui qui ne supporte pas cette souffrance qu'il a en lui. La psy de la maternité lui dit de ne plus venir car elle le sent trop tendu lors des séances et voit bien qu'il vient à reculons. Il dit "je ne suis plus père car lorsque notre fils est mort, on m'a arraché ce droit".
Pendant ce temps, je remonte assez vite la pente, je mets en place plein de suivis pour aller mieux, je me lève tous les matins, je ne prends pas de traitements, je gère tout à la maison... Et nous sommes très amoureux et soudés.Lui-même dit que pour lui aussi la période d'août à décembre a été un amour plus fort que jamais entre nous.
Une irritabilité et agressivité apparaissent et seront persistantes jusqu'à aujourd'hui. Il voit bien qu'il m'en veut pour rien, à chaque fois qu'il entend parler de grossesse, de naissance autour de nous, il s'énerve. Il est à cran à cause du boulot dans lequel il se réfugie autant qu'il se noie...
Décembre, arrive le terme de notre bébé au moment des fêtes... Il est anéanti, commence à parler de mélancolie, vide, tristesse, envie de mourir car la douleur est trop forte, qu'il ne supporte plus voir la personne qu'il aime le plus au monde souffrir. Il se met minable en soirées, et est peu disponible, je lui dis "on dirait qu'on existe plus notre fils et moi dans ta vie factice." (ce qu'il confirme récemment). Et lui me dit "j'ai lu que des pères pour fuir leur deuil vont soit fuir la mère, soit faire un bébé, et je survivrai pas si ça se reproduit", "vite que le deuxième soit là pour ne plus penser à ma tristesse", "si on se sépare ça donnerait un sens logique à la mort absurde de notre fils", "il me manque, c'est le pire Noël de ma vie", "c'est de ma faute si il est mort si j'avais été plus présent pendant les saignements".. Manque de bol, je fais une fausse-couche 3 semaines plus tard. Entre-temps, je lui mets un ultimatum : il faut que tu diminues un peu sur les soirées car c'est en train de nous éloigner et j'ai besoin d'un minimum de présence, il me dit "c'est mon oxygène, c'est grâce aux soirées et au travail que je tiens, sinon je sombre en dépression sévère" et me supplie que je suis la femme de sa vie, qu'il veut qu'on avance ensemble.
Janvier, il commence alors à chercher des prétextes bidons pour douter de notre couple et en parle à tout notre entourage. Il me dit qu'il faut qu'on fasse un break mais qu'il a peur "que ça l'anesthésie encore plus", "j'ai coupé mes émotions depuis le décès", "si je touche mes émotions plus de deux minutes je vais me noyer".. Il dit qu'il ne ressent plus aucune émotion, qu'il se sent comme anesthésié émotionnellement, qu'il se sent mort et du coup il ne ressent plus d'étincelle en ma présence. J'essaie de le rassurer, au vu de son état c'est normal. Il dit alors qu'il ne veut plus de 2ème bébé qu'il n'est pas prêt, que la fausse-couche c'est celle de trop. Je commence à penser qu'il fait une dépression et un état de choc traumatique... Il ne dort plus, perd un peu l'appétit. Il est en boucle obsessionnelle sur notre couple pendant trois mois.
Février, mars, il est à la fois très amoureux et d'un seul coup se renferme, devient froid et me parle de séparation. Je le traîne à la psy de la maternité qui parle de dépression et de deuil inhibé.. Il dit que je lui rappelle le deuil. Il est extrêmement ambivalent. Et je me rends compte qu'il ne parle que de notre couple en boucle à sa psy et à son entourage sans jamais parler de notre bébé à sa psy pendant 8 mois. Il me dit qu'il n'a ressenti aucune émotion en 3 mois.
Fin mars, il prend un appartement. Nos au revoir sont déchirants, il dit qu'il n'a pas envie de partir mais qu'il le doit, qu'il a l'impression que son instinct le pousse à partir mais qu'il n'en a pas du tout envie. Je suis contre ce break, car selon moi notre couple n'a rien à résoudre, à ce moment-là c'est lui qui va mal et l'éloignement ne fera rien que renforcer sa fuite. Il dit qu'il ne voit pas de solution assez rapide et radicale pour arrêter sa souffrance autre que s'éloigner. Bien évidemment, une fois dans son appart, il fuit aussi son appart et sort, boit, toujours autant à cran..
En résumé : janvier, février, mars, la fuite s'accentue : alcool, soirées, travail, éloignement physique de moi. Mais à la maison j'ai un homme triste, mélancolique, qui dit qu'il se sent vide, qui parle de mourir. A l'extérieur, tout le monde me dit "il va bien on comprend pas ce que tu nous racontes, à part votre couple il parle pas du tout de son deuil ou de son fils". Je lui fais alors lire des articles sur la dépression, sur le deuil. Il reconnait les symptômes mais décrète "non mais c'est pas le deuil c'est le couple".
Il reproche à notre entourage de toujours prendre de mes nouvelles, de prendre soin de moi et jamais des siennes, or il oublie que bon nombre de personnes lui ont demandé comment il allait vraiment et qu'il refusait d'y répondre...
Forcément, il est dans l'évitement depuis des mois, refuse qu'on en parle. Par exemple, il ne supporte pas d'apercevoir le coussin d'allaitement dans la chambre d'amis donc ferme la porte tous les jours. Il accepte d'en parler que si c'est lui qui initie le sujet et en général on échange que deux phrases. Il dit que son mal-être n'a rien à voir avec le deuil mais tout tourne autour de sa peur d'un deuxième enfant, des autres qui avancent et qui nous "doublent", qu'il aurait dû être papa. Il se questionne "est ce que je ne suis pas fait pour une vie de célibataire au bar dans un appart". Rejetant notre maison qu'il adore tant..
Pendant ce temps, je l'incite à prendre rdv à l'EMDR mais la séance se passe mal, il se braque car elle a visé juste. Il participe aussi à une visio entre papas et se sent "fort" car "notre histoire est moins pire", "certains pleurent encore", alors que lui est juste dans le déni total...
Il accepte de prendre RDV avec la psychiatre de la maternité mais il minimise et rationnalise tous ses symptômes et déplace sans arrêt sur le couple. Chaque émotion est vue par le prisme du couple. La psychiatre dit qu'elle ne peut rien faire car il donne le change et est en lutte contre les soins, qu'elle ne peut même pas poser de diagnostic bien que ce que je lui relate soit très cohérent. Devant elle il dit "mon deuil est fait" et 5 min plus tard il me dit "mais j'ai lu l'album de notre fils c'est juste horrible et injuste ce qui nous est arrivé, ça devrait pas se passer comme ça, ça devait finir en joie pas comme ça". Comme si il découvrait le truc.. Il dit qu'il n'a jamais ressenti de tristesse ni de colère.
Il continue son break dans son appartement, me dit qu'il est soulagé et pas soulagé, n'arrive pas à prendre de décision sur notre couple. Quelques jours avant le 2ème rdv psychiatre il me dit "je veux plus de couple et je veux plus venir au rdv". Quand je lui demande s'il est sûr de lui, il me répond "je contrôle plus rien, je contrôle plus mon corps plus mes sentiments et je ne supporte plus cette situation". Il dit aussi par ailleurs qu'il a peur de revenir car je veux un 2ème enfant, qu'il est incapable d'arrêter ses soirées et l'alcool, et qu'il ne "ressent" plus l'amour.
Récemment, nous retournons au 2ème rdv psychiatre qui souhaitait nous revoir suite à certaines incohérences et minimisations de sa part. Il continue de minimiser ses symptômes devant elle, pour au final m'en faire part après le RDV : je suis pas irritable (me dit à moi qu'il va péter un câble, que sa vie part en vrille, que ça ne va pas au travail), il minimise devant elle ses problèmes de sommeil, d'alcool ou d'idées noires, d'anesthésie émotionnelle (dit que c'est qu'avec moi alors qu'il me disait le contraire).. Devant la psychiatre il dit "je n'ai pas pu contrôler les deux choses les plus importantes de ma vie : la mort de mon fils et la fin de mon couple, je ne supporte plus de ne plus avoir d'élan pour la femme que j'aime". A moi, il me dit "mon corps te rejette et je sais que c'est autre chose que les sentiments, (le trauma/le deuil) mais je suis pas prêt pour donner cette explication".
En effet son corps me rejette par moment, et par d'autres il se comporte affectueusement. Il dit qu'il ne se sent plus apaisé en ma présence et qu'il ne supporte plus être dans la même pièce que moi tout en étant abattu de ces sensations et en étant capable d'être hyper affectueux et tendre.
Nous avons une grosse discussion après ce RDV où il décide alors de me quitter, il tremble, fait sans cesse des allers retours vers moi jusqu'à partir.
Il me dit que son cerveau a fait "on/off" et qu'il a pris le deuil et moi et nous a mis en Off.. en gros il m'associe au décès de notre fils, tout comme il m'explique qu'il a fait pareil lors des saignements de ma grossesse "on/off".
Le lendemain, il appelle tout notre entourage pour dire "c'est fini je ne l'aime plus, c'est définitif je suis très sur de moi". Alors qu'à moi il me fait comprendre qu'il a l'impression de subir ses mécanismes de défense, de subir un départ dont, au fond, il n'a pas envie. Qu'il sait que son corps me rejette à cause du trauma mais n'en fait rien...Sauf qu'à notre entourage ça fait des mois qu'il parle uniquement de notre couple, avec beaucoup de crédibilité, il a réussi à faire oublier à certains le drame que nous venons de vivre, certains m'ont même demandé si il avait vraiment vécu la perte d'un enfant et pas "juste une fausse-couche", or au vu des phrases et de la douleur qu'il décrit, il parle bien de "mon fils mon fils". Il ne supporte pas l'échec et considère qu'il n'a pas eu le contrôle et que ce qui nous est arrivé est un échec.
Je me suis même interrogée sur un état de dissociation car il dit "je fais et dis des choses dont je ne me souviens pas". Et en effet, par moment j'ai l'impression de parler à deux personnes différentes : mon compagnon, amoureux, triste, qui ne se remet pas de la perte de notre bébé, et son double froid qui dit que son deuil est fait et que tout va bien. Il me répète à plusieurs reprises qu'il a enfin regardé l'album de la grossesse et de notre fils, comme si il ne me l'avait pas déjà dit...
Notre entourage a essayé de le raisonner mais il ne veut rien entendre, ne veut pas qu'on lui remette son deuil en face, il dit "les professionnels qui disent d'attendre 1 à 2 ans pour prendre des décisions disent de la merde"... Seuls certains de nos proches ont compris qu'il a passé 4 mois à s'autopersuader de devoir me quitter pour éviter son deuil...
Il y a un mois il me disait encore "ne vends pas la maison quoique je te dise je ne suis pas dans mon état normal je me rends bien compte". Il y a 15jours il ne savait même pas ce qu'il voulait sur notre couple.
Je n'arrive pas à comprendre et à accepter la situation. Je sais que je suis allée au bout de tout ce que je pouvais faire pour l'aider. J'ai beaucoup de mal à accepter que notre histoire puisse se terminer suite à un trauma non digéré de son côté, alors qu'il est dans un état second.
Merci pour votre soutien et vos éventuels conseils ou retours d'expérience.