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Comment avancer en gardant le lien

Posté : 10 mars 2026, 13:41
par Anne-rro-0402
Bonjour,

C'est la première fois que j'écris ici, après vous avoir beaucoup lues, ce qui m'a beaucoup aidé ces derniers temps.

J'ai eu une IMG il y a un peu plus d'un mois à 32SA et 6jrs, après un parcours très compliqué d'examens depuis la T2, nous avons finalement du dire au revoir à notre petit garçon à 32 SA.
Ça a été infiniment douloureux et ça l'est toujours.
Globalement il y a des jours où ça commence à aller mieux, déjà parce que physiquement je me sens mieux, mais à chaque fois que je sens que j'y pense moins, que je pleure moins pendant une journée, je culpabilise et je trouve ça horrible parce que je n'ai pas envie de l'oublier. Alors que quand je passe des journées à pleurer, je trouve ça hyper difficile et je me demande comment avancer. C'est infernal parce que dans les deux cas je ne vois pas comment avancer.
Il y a cette idée de deuil que je ne comprends pas, je n'arrive pas à savoir ce que veux dire "faire son deuil", est-ce qu'il y en a parmi vous qui ont des pistes sur ce que ça veut dire, ce qu'il faut faire ?
J'ai toujours l'impression qu'il faudrait que je fasse des choses pour rendre hommage à mon bébé mais que je ne le fais pas, que je n'en fais pas assez, je me sens nulle.
Je suis suivie par la psychologue de la maternité, avec mon mari, et ça m'aide un peu. Mais plus le temps passe plus j'ai l'impression que le temps qui passe m'éloigne de mon bébé...
Je n'ai pas encore eu le courrier de la maternité pour nous indiquer que la crémation a eu lieu pour pouvoir aller nous recueillir, j'imagine que ça ira mieux après. Même si, l'idée d'aller mieux me fait peur parce que ça aussi j'ai peur que ça m'éloigne de lui.
En plus de tout ça, c'était mon premier bébé et j'avais envie de pouvoir retomber enceinte rapidement mais les résultats de l'autopsie sont dans 2 mois et le génome dans plus de 6 mois. Je ne sais pas si j'ai envie d'attendre mais à la fois j'ai tellement peur que ça se reproduise, ça me paraît insurmontable....

Si vous avez des témoignages ou des conseils sur votre façon d'avancer après tout ça sans culpabiliser, et sans avoir trop peur de l'avenir...
Merci à vous
Toutes mes pensées pour nos bébés ❤️

Re: Comment avancer en gardant le lien

Posté : 10 mars 2026, 14:16
par Clara.
Bonjour !

Désolée pour un ce que tu es en train de vivre. C’est tellement injuste. Tu es dans la période la plus difficile.
Je n’ai pas vécu exactement la même chose que toi car j’ai perdu mon bébé a 21sa d’une mort fœtale in utero en novembre 2024. Ça me parait loin quand je donne la date, mais pourtant ça me semble encore très proche. Je suis aujourd’hui enceinte de 33sa d’une petite fille qui est venue adoucir ma tristesse.

Et je me reconnais dans la culpabilité dont tu parles. Je me sens et me suis souvent sentie coupable quand j’allais mieux. Alors que la douleur et la tristesse qu’on ressent remplit le vide. C’est notre seul moyen d’être avec notre bébé. C’est comme ça que je le ressentais.
Faire son deuil, c’est pour chacune de nous très diffèrent même si on vit et on ressent souvent les mêmes choses, en passant par les mêmes étapes.
Pour moi, faire mon deuil, ça a été d’accepter chaque émotion quand elle se présentait. Ou chaque tourbillon d’émotions même si je ne les identifiais pas toujours sur le moment. Ça a aussi été de m’écouter, de ne pas faire les choses que les autres attendaient de moi ou qui pouvaient les rassurer. J’ai mis plusieurs semaines à rappeler certaines personnes ou même à répondre à leurs messages, j’annulais des moments avec mes amis au dernier moment parce que je ne le sentais plus, je passais de mon canapé à mon fauteuil les yeux dans le vague sans rien faire, etc.
Et ensuite, quand j’ai réussi à rappeler certains amis, j’ai commencé à ressortir. J’en voulais à la terre entière, j’étais très en colère contre la plupart de mes amis qui n’avaient d’après moi jamais la bonne attitude. Je ne voulais voir aucune femme enceinte ni aucun bébé et ça a duré jusqu’à ce que je sois à nouveau enceinte.
Faire mon deuil, ça a aussi été de réussir à dire à mes amis et ma famille ce que je pensais de leur silence ou de leur gêne, sans me soucier de ce que ça pouvait leur faire. J’ai eu vraiment besoin d’être pleinement entière, alors qu’habituellement je ne veux froisser personne et je suis très gentille et polie.
Aujourd’hui, grâce au fait que j’ai traversé un tel drame, je me sens plus en phase avec moi-même en général. J’ai repris mes habitudes de gentillesse mais j’ai gardé cette part de moi qui sait que je suis capable de penser à moi !

Puis faire mon deuil, ça a été de repenser immédiatement à retomber enceinte. Mon mari a eu besoin d’un peu plus de temps que moi, alors j’ai un peu patienté. C’était pourtant viscéral, ce besoin que je ressentais dans mon ventre. Alors je comprends ton besoin, même si je ne sais pas quoi te répondre par rapport à tes questionnements sur la génétique. Je sais que certaines femmes ici ont décidé ne pas attendre et d’autres ont préféré avoir les réponses. C’est à toi de voir ce qui te semble le plus gérable pour toi.
De mon côté, très rapidement même avant mon retour de couches, j’ai eu les réponses que j’attendais : la MFIU est et restera inexpliquée, ce qui laisse sans réponse mais n’augmente pas le risque que ça se reproduise. « La faute à pas de chance ».
J’ai mis 2 mois à avoir l’accord de mon mari, puis 7 mois d’essais interminables avant que ça fonctionne. Il est clair que je vais clairement mieux depuis que je suis enceinte et que j’ai passé le premier trimestre. Même si la grossesse d’après est aussi un sacré tourbillon d’émotions !

En résumé, pour moi faire son deuil c’est avancer au jour le jour et accepter ce qui se présente, même quand on ressent un peu de joie et qu’on culpabilise. Chaque jour est une étape de passée, chaque étape nous permet d’avancer, et chaque vague déferlante de retour en arrière aussi.

Aujourd’hui j’ai repris une vie normale, je ne pleure pas souvent, je n’oublie pas mon bébé, mais je pense que le deuil occupera toujours une petite partie de moi. Rien ne peut t’éloigner de ton bébé, il est en toi pour toujours, dans le souvenir et même dans le micro-chimérisme (utilise Google si tu ne connais pas, tu verras comme c’est émouvant).
Tu aimeras toujours ton petit garçon, ne t’inquiète pas de ça. Mais tu iras mieux un jour, quand tu seras prête. Je te le souhaite, mais pour l’instant tu as le droit d’être effondrée et complètement perdue.

Et si tu aimes la poésie, je te conseille un poème de Prévert qui s’appelle « le bonheur en partant m’a dit qu’il reviendrait ». C’est sur ce forum que je l’ai lu pour la première fois, et il fait partie de mon deuil et peut-être aussi de mes premiers sourires assumés après la perte de mon petit garçon.

Je pense bien à toi, à vous, à votre bébé.
Clara

Re: Comment avancer en gardant le lien

Posté : 11 mars 2026, 15:47
par Anne-rro-0402
Merci pour ta réponse pleine d'espoir,
Je suis désolée pour toi aussi. Je me réjouis de savoir qu'aujourd'hui tu arrives à aller mieux sans oublier ton premier bébé.

Je te rejoins sur le fait que la peine est notre seul moyen de pouvoir être avec notre bébé...
Pour ma part je suis toujours dans la culpabilité et la tristesse mais je ne crois pas être en colère, peut-être que ça viendra ?
Pour l'instant j'ai du mal à reprendre une vie normale, j'arrive à voir certains amis mais ça reste compliqué, je n'ai pas envie d'aller à des évènements joyeux, anniversaires, restos... Pourtant je n'ai pas eu de remarques désobligeantes mais j'ai trop l'impression de faire semblant, de trahir mon deuil.
Ce qui me fait le plus de peine dans mon entourage c'est qu'on n'en parle finalement pas, au début je n'ai pas réussi à prévenir tout le monde, c'était trop dur rien que d'écrire un message, mais maintenant que tous mes proches sont au courant, j'en parle beaucoup avec ma soeur, ma mère et deux amies mais au delà de ça les gens m'ont envoyé un message, pour certains, (d'autres ne m'ont rien envoyé alors qu'ils sont au courant) puis après on n'en parle plus. Je sais que c'est parce que les gens sont mal à l'aise et ne veulent pas me faire de la peine, mais de ne pas en parler et faire comme si ça n'existait pas, c'est encore plus dur pour moi.
Ton témoignage me donne envie de davantage en parler, et peu importe si les gens sont mal à l'aise ! Le problème est que pour l'instant comme c'est difficile pour moi d'aborder le sujet, je ne dis rien non plus.

Ça m'a fait réfléchir au fait qu'au lieu de chercher une recette pour faire mon deuil, il faut plutôt accepter ce qui vient, la douleur comme l'apaisement ! Et que dans tous les cas il n'y a pas des choses à faire pour faire son deuil, mais que c'est juste quelque chose qui se passe et qu'on doit accepter...

Pour la grossesse suivante, c'est compliqué à envisager, je suis vraiment partagée entre l'envie de retomber enceinte et la peur de devoir revivre tout ça. Je me dis que tant que je n'arriverai pas à prendre une décision c'est qu'il faudra attendre !
Dans tous les cas quelques soient les résultats je pense que j'aurai du mal à ne pas avoir peur qu'un drame se reproduise, il faudra accepter de vivre une grossesse stressante...
Arrives-tu à rester sereine et n'être pas trop angoissée pour ta grossesse à présent ?


Je culpabilise aussi de penser à la prochaine grossesse, mon conjoint me dit qu'il a l'impression de trahir notre bébé en pensant au prochain, à la prochaine grossesse. Mais moi j'ai la sensation qu'une grossesse serait la chose qui me relierai le plus à mon premier bébé puisque c'est ce que j'ai partagé avec lui, la grossesse. Même si je sais qu'il faudra que j'arrive à distinguer les deux grossesses et à ne pas chercher mon premier fils dans une deuxième grossesse. D'autant plus qu'avant, j'avais toujours une petite préférence pour le fait d'avoir une fille, et que depuis l'IMG, je me surprend à vouloir avoir à nouveau un garçon.


Merci pour ce joli poème, je vais le recopier pour le garder avec moi, j'aime beaucoup.
Je ne connaissais pas le microchimerisme, c'est effectivement très touchant et réconfortant !!

Merci pour ce beau message, mes pensées vont pour ton tout petit, et je te souhaite une jolie fin de grossesse pour toi et ta fille!

Re: Comment avancer en gardant le lien

Posté : 13 mars 2026, 14:45
par Clara.
Coucou,

En effet c’est à toi de voir ce qui te fait du bien pour avancer dans ton deuil. En fait, il n’y a pas de recette miracle. Mais c’est vrai que le mieux c’est de ne pas lutter contre la tristesse mais plutôt de se laisser aller et d’avancer pas à pas, jour après jour, sans se projeter trop vite trop loin.
Pour te connecter avec ton bébé, tu peux lire des choses sur le deuil, écouter des podcasts, créer des petites choses qui te font penser à lui si tu es manuelle (broderie, dessin, tricot, etc). Tu peux aussi acheter un objet que tu garderas chez toi et qui te fera penser à ton bébé quand tu le regarderas (j’avais craqué sur un photophore en forme de maison par exemple. Même si dit comme ça ça n’a rien à voir avec mon bébé, moi je le voyais comme notre foyer à tous). Tu peux aussi ne rien faire de tout ça et t’étourdir devant des séries idiotes (je l’ai beaucoup fait !! J’avais même repris un abonnement Netflix).
Ce qui m’avait fait du bien aussi, ça a été de reprendre le yoga. Ça m’a permis de me reconnecter à mon corps, et d’enfin un jour réussir à nouveau à poser les mains sur mon ventre. Ce ventre que je voyais comme un petit tombeau…


Je comprends toutes vos interrogations de couple sur la suite pour une future grossesse. Prenez le temps, tu as raison, tant que ça pose encore des questions c’est que ce n’est pas encore le moment.
Bien sûr que c’est culpabilisant de penser à avoir un autre enfant. Comme si on voulait effacer celui qui est mort, et en refaire un tout neuf. Ce n’est pas ça, et ça ne l’a jamais été pour moi. La joie d’attendre à nouveau un bébé n’a pas remplacé la tristesse d’avoir perdu mon petit garçon. Ça a adouci ma peine, ça c’est clair, mais je n’oublierai jamais mon bébé perdu, et ma fille ne le remplacera pas.
J’avais lu quelque chose dans un roman (pourtant rien à voir avec le deuil périnatal) : un homme était le narrateur et il racontait que ses parents avaient perdu un bébé in utero avant sa naissance. Ce qu’il ressentait pour ce grand frère qu’il n’avait jamais connu, c’était de la reconnaissance ; comme si sa mort lui avait permis à lui d’avoir une vie. Et il le remerciait. C’est très difficile à visualiser tôt dans le deuil, mais je me souviens que ça m’avait beaucoup touchée et aujourd’hui c’est comme ça que je vois les choses. J’espère réussir à transmettre ça à ma fille pour qu’elle ne se sente jamais comme une remplaçante, mais qu’elle ressente tout l’amour qu’on a pour elle.

Mais c’est vrai que je ressens la même chose que toi et ton conjoint sur la culpabilité d’aimer un autre enfant. Je ressens encore cette culpabilité par moments, d’aimer un autre enfant dans mon ventre, comme si je ne pouvais pas aimer les deux. Je me dis que mon bébé perdu doit être jaloux et qu’il doit m’en vouloir. Pourtant je sais que j’aime mon fils Oscar, mon grand, et que l’amour que je porte à mes autres bébés n’efface en rien ce que je ressens pour lui. L’amour est immense et le cœur s’élargit.

Bien sûr qu’une grossesse après la perte d’un bébé c’est vraiment particulier. J’ai été extrêmement angoissée jusqu’à la T2 (c’était le terme où j’ai perdu mon bébé, qui coïncidait avec les 1 an de mon deuil), puis c’est le moment où j’ai commencé à vraiment la sentir bouger tous les jours, et ça m’a beaucoup rassurée, en plus du fait de savoir que tout allait bien à l’echo.
Je suis souvent épatée de voir à quel point je peux vivre de longs moments de sérénité par rapport à ma grossesse. Mais ce n’est pas si facile, il y a aussi beaucoup de moments où l’anxiété reprend le dessus et on n’oublie jamais que tout peut arriver. On le sait maintenant…
Je me répète que j’ai déjà vécu le pire, mais je pense à tout ce qui pourrait arriver d’autre comme drame, ou au fait que je pourrais à nouveau revivre le pire.
Ce qui est sûr c’est que je me visualise avec mon bébé dans les bras dans un bon mois, mais tant que ça ne sera pas arrivé, j’aurai du mal à y croire.

Je te raconte tout ça parce que tu me demandes mais ça ne doit pas vraiment te parler. Prends le temps de vivre ce que tu dois traverser maintenant, parce que comme tu l’as dit, il faut passer par là, par ces étapes douloureuses.
Et jour après jour on avance. Et un jour ça ira ! La vie reprendra doucement et tu pourras rejoindre ceux qui ont continué à avancer alors que toi tu étais restée plantée à l’endroit et au moment du drame.

Je t’envoie plein de courage pour tout ça !